La Roue Cosmique – René Guénon

Dharmacakra (Roue du Dharma), Temple du Soleil, Odisha, Inde.

Dans certains ouvrages se rattachant à la tradition hermétique1, on trouve mentionné le ternaire Deus, Homo, Rota, c’est-à-dire que, dans le ternaire que nous avons envisagé précédemment, le troisième terme Natura est remplacé par Rota ou la « Roue » ; il s’agit ici de la « roue cosmique », qui est, comme nous l’avons déjà dit en diverses occasions, un symbole du monde manifesté, et que les Rosicruciens appelaient Rota Mundi2. On peut donc dire que, en général, ce symbole représente la « Nature » prise, suivant ce que nous avons dit, dans son sens le plus étendu ; mais il est en outre susceptible de diverses significations plus précises, parmi lesquelles nous envisagerons seulement ici celles qui ont un rapport direct avec le sujet de notre étude.


[1] Notamment dans l’Absconditorum Clavis de Guillaume Postel. – On pourra remarquer que le titre de ce livre est l’équivalent littéral de l’expression qorânique que nous avons citée un peu plus haut.

[2] Cf. la figure de la Rota Mundi donnée par Leibnitz dans son traité De Arte combinatoria (voir Les Principes du Calcul infinitésimal, Avant-propos) ; on remarquera que cette figure est celle d’une roue à huit rayons, comme le Dharma-chakra dont nous parlerons plus loin.



La figure géométrique dont la roue est dérivée est celle du cercle avec son centre ; au sens le plus universel, le centre représente le Principe, symbolisé géométriquement par le point comme il l’est arithmétiquement par l’unité, et la circonférence représente la manifestation, qui est « mesurée » effectivement par le rayon émané du Principe3 ; mais cette figure, bien que très simple en apparence, a pourtant de multiples applications à des points de vue différents et plus ou moins particularisés4. Notamment, et c’est là ce qui nous importe surtout en ce moment, puisque le Principe agit dans le Cosmos par le moyen du Ciel, celui-ci pourra être représenté également par le centre, et alors la circonférence, à laquelle s’arrêtent en fait les rayons émanés de celui-ci, représentera l’autre pôle de la manifestation, c’est-à-dire la Terre, la surface même du cercle correspondant dans ce cas au domaine cosmique tout entier ; d’ailleurs, le centre est unité et la circonférence multiplicité, ce qui exprime bien les caractères respectifs de l’Essence et de la Substance universelles. On pourra aussi se borner à la considération d’un monde ou d’un état d’existence déterminé ; alors, le centre sera naturellement le point où l’« Activité du Ciel » se manifeste dans cet état, et la circonférence représentera la materia secunda de ce monde, qui joue, relativement à lui, un rôle correspondant à celui de la materia prima à l’égard de la totalité de la manifestation universelle5.

[3] Cf. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. III.

[4] En astrologie, c’est le signe du Soleil, qui est en effet, pour nous, le centre du monde sensible, et qui, pour cette raison, est pris traditionnellement comme un symbole du « Cœur du Monde » (cf. Aperçus sur l’Initiation, ch. XLVII) ; nous avons déjà suffisamment parlé du symbolisme des « rayons solaires » pour qu’il soit à peine besoin de le rappeler à ce propos. En alchimie, c’est le signe de l’or, qui, en tant que « lumière minérale », correspond, parmi les métaux, au Soleil parmi les planètes. Dans la science des nombres, c’est le symbole du dénaire, en tant que celui-ci constitue un cycle numéral complet ; à ce point de vue, le centre est 1 et la circonférence 9, formant ensemble le total 10, car l’unité, étant le principe même des nombres, doit être placée au centre et non sur la circonférence, dont la mesure naturelle, d’ailleurs, ne s’effectue pas par la division décimale, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, mais par une division suivant des multiples de 3, 9 et 12.

[5] Pour tout ceci, on pourra se reporter aux considérations que nous avons développées dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps.

La figure de la roue ne diffère de celle dont nous venons de parler que par le tracé d’un certain nombre de rayons, qui marquent plus explicitement le rapport de la circonférence à laquelle ils aboutissent au centre dont ils sont issus ; et il est bien entendu que la circonférence ne saurait exister sans son centre, tandis que celui-ci est absolument indépendant de celle-là et contient principiellement toutes les circonférences concentriques possibles, qui sont déterminées par la plus ou moins grande extension des rayons. Ces rayons peuvent évidemment être figurés en nombre variable, puisqu’ils sont réellement en multitude indéfinie comme les points de la circonférence qui en sont les extrémités ; mais, en fait, les figurations traditionnelles comportent toujours des nombres qui ont par eux-mêmes une valeur symbolique particulière, laquelle s’ajoute à la signification générale de la roue pour définir les différentes applications qui en sont faites suivant les cas6. La forme la plus simple est ici celle qui présente seulement quatre rayons divisant la circonférence en parties égales, c’est-à-dire deux diamètres rectangulaires formant une croix à l’intérieur de la circonférence7. Cette figure correspond naturellement, au point de vue spatial, à la détermination des points cardinaux8 ; d’autre part, au point de vue temporel, la circonférence, si on se la représente comme parcourue dans un certain sens, est l’image d’un cycle de manifestations, et les divisions déterminées sur cette circonférence par les extrémités des branches de la croix correspondent alors aux différentes périodes ou phases en lesquelles se partage ce cycle ; une telle division peut naturellement être envisagée, pour ainsi dire, à des échelles diverses, selon qu’il s’agira de cycles plus ou moins étendus9. L’idée de la roue évoque d’ailleurs immédiatement par elle-même celle de « rotation » ; cette rotation est la figure du changement continuel auquel sont soumises toutes choses manifestées, et c’est pourquoi on parle aussi de la « roue du devenir10 » ; dans un tel mouvement, il n’y a qu’un point unique qui demeure fixe et immuable, et ce point est le centre11.

[6] Les formes qu’on rencontre le plus habituellement sont les roues à six et huit rayons, et aussi à douze et seize, nombres doubles de ceux-là.

[7] Nous avons parlé ailleurs des rapports de cette figure avec celle du swastika (Le Symbolisme de la Croix, ch. X).

[8] Voir plus haut, fig. 13 et 14.

[9] On aura ainsi par exemple, dans le seul ordre de l’existence terrestre, les quatre moments principaux de la journée, les quatre phases de la lunaison, les quatre saisons de l’année, et aussi, d’autre part, les quatre âges traditionnels de l’humanité, aussi bien que ceux de la vie humaine individuelle, c’est-à-dire en somme, d’une façon générale, toutes les correspondances quaternaires du genre de celles auxquelles nous avons déjà fait allusion dans ce qui précède.

[10] Cf. la « roue de la Fortune » dans l’antiquité occidentale, et le symbolisme de la 10e lame du Tarot.

[11] Le centre doit d’ailleurs être conçu comme contenant principiellement la roue tout entière, et c’est pourquoi Guillaume Postel décrit le centre de l’Eden (qui est lui-même à la fois le « centre du monde » et son image) comme « la Roue dans le milieu de la Roue », ce qui correspond à ce que nous avons expliqué à propos du Ming-tang.


Il n’est pas nécessaire ici d’insister davantage sur toutes ces notions ; nous ajouterons seulement que, si le centre est d’abord un point de départ, il est aussi un point d’aboutissement : tout est issu de lui, et tout doit finalement y revenir. Puisque toutes choses n’existent que par le Principe (ou par ce qui le représente relativement à la manifestation ou à un certain état de celle-ci), il doit y avoir entre elles et lui un lien permanent, figuré par les rayons joignant au centre tous les points de la circonférence ; mais ces rayons peuvent être parcourus en deux sens opposés : d’abord du centre à la circonférence, et ensuite de la circonférence en retour vers le centre12. Il y a donc là deux phases complémentaires, dont la première est représentée par un mouvement centrifuge et la seconde par un mouvement centripète13 ; ce sont ces deux phases qui sont comparées traditionnellement, comme nous l’avons dit souvent, à celles de la respiration, ainsi qu’au double mouvement du cœur. On voit que nous avons là un ternaire constitué par le centre, le rayon et la circonférence, et dans lequel le rayon joue exactement le rôle du terme médian tel que nous l’avons précédemment défini ; c’est pourquoi, dans la Grande Triade extrême-orientale, l’Homme est parfois assimilé au rayon de la « roue cosmique », dont le centre et la circonférence correspondent alors respectivement au Ciel et à la Terre. Comme le rayon émané du centre « mesure » le Cosmos ou le domaine de la manifestation, on voit encore par là que l’« homme véritable » est proprement la « mesure de toutes choses » en ce monde, et de même l’« Homme Universel » l’est pour l’intégralité de la manifestation14 ; et l’on pourra remarquer aussi à ce propos que, dans la figure dont nous parlions tout à l’heure, la croix formée par les deux diamètres rectangulaires, et qui équivaut d’une certaine façon à l’ensemble de tous les rayons de la circonférence (tous les moments d’un cycle étant comme résumés, dans ses phases principales), donne précisément, sous sa forme complète, le symbole même de l’« Homme Universel15 ».

[12] On pourrait donc concevoir la réaction du principe passif comme une « résistance » qui arrête les influences émanées du principe actif et limite leur champ d’action ; c’est d’ailleurs ce qu’indique aussi le symbolisme du « plan de réflexion ».

[13] Il faut avoir soin de remarquer que, ici, ces deux mouvements sont tels par rapport au Principe, et non par rapport à la manifestation, ceci afin d’éviter les erreurs auxquelles on pourrait être conduit si l’on négligeait de faire l’application du « sens inverse ».

[14] Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. XVI.

[15] Sur cette même figure, expliquée par les équivalences numériques de ses éléments, voir aussi L.-Cl. de Saint-Martin, Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers, ch. XVIII. – On désigne habituellement cet ouvrage sous le titre abrégé de Tableau naturel, mais nous donnons ici le titre complet pour faire remarquer que, le mot « Univers » y étant pris dans le sens de « Nature » en général, il contient la mention explicite du ternaire Deus, Homo, Natura.


Naturellement, ce dernier symbolisme est différent, en apparence tout au moins, de celui qui montre l’homme comme situé au centre même d’un état d’existence, et l’« Homme Universel » comme identifié à l’« Axe du Monde », parce qu’il correspond à un point de vue également différent dans une certaine mesure ; mais, au fond, ils ne s’en accordent pas moins exactement quant à leur signification essentielle, et il faut seulement prendre garde, comme toujours en pareil cas, de ne pas confondre les sens divers dont leurs éléments sont susceptibles16. Il y a lieu de remarquer, à cet égard, que, en tout point de la circonférence et pour ce point, la direction de la tangente peut être regardée comme l’horizontale, et, par conséquent, celle du rayon qui lui est perpendiculaire comme la verticale, de sorte que tout rayon est en quelque façon un axe virtuel. Le haut et le bas peuvent donc être considérés comme correspondant toujours à cette direction du rayon, envisagée dans les deux sens opposés ; mais, tandis que, dans l’ordre des apparences sensibles, le bas est vers le centre (qui est alors le centre de la terre)17, il faut ici faire l’application du « sens inverse » et considérer le centre comme étant en réalité le point le plus haut18 ; et ainsi, de quelque point de la circonférence qu’on parte, ce point le plus haut demeure toujours le même. On doit donc se représenter l’Homme, assimilé au rayon de la roue, comme ayant les pieds sur la circonférence et la tête touchant le centre ; et en effet, dans le « microcosme », on peut dire que sous tous les rapports, les pieds sont en correspondance avec la Terre et la tête avec le Ciel19.

[16] Pour donner de ceci un autre exemple qui se rapporte au même sujet, dans la tradition hindoue et quelquefois aussi dans la tradition extrême-orientale, le Ciel et la Terre sont représentés comme les deux roues du « char cosmique » ; l’« Axe du Monde » est alors figuré par l’essieu qui unit ces deux roues en leurs centres, et qui, pour cette raison, doit être supposé vertical, comme le « pont » dont nous avons parlé précédemment. Dans ce cas, la correspondance des différentes parties du char n’est évidemment pas la même que lorsque, comme nous l’avons dit plus haut, ce sont le dais et le plancher qui représentent respectivement le Ciel et la Terre, le mât étant alors la figure de l’« Axe du Monde » (ce qui correspond à la position normale d’un char ordinaire) ; ici, d’ailleurs, les roues du char ne sont pas prises spécialement en considération.

[17] Cf. L’Ésotérisme de Dante, ch. VIII.

[18] Ce « retournement » résulte d’ailleurs du fait que, dans le premier cas, l’homme est placé à l’extérieur de la circonférence (représentant alors la surface terrestre), tandis que, dans le second, il est à son intérieur.

[19] C’est pour affirmer encore davantage cette correspondance, déjà marquée par la forme même des parties du corps aussi bien que par leur situation respective, que les anciens Confucianistes portaient un bonnet rond et des souliers carrés, ce qui est à rapprocher aussi de ce que nous avons dit plus haut au sujet de la forme des vêtements rituels des princes.



René Guénon – La Grande Triade (1946), éd. Gallimard, 1957 – Chapitre XXIII – La Roue Cosmique

Roue à six et huit branches
La rouelle à 8 rayons représente les directions des points cardinaux et des points intermédiaires. Elle figure le lotus, la fleur symbolique de l’Orient, et la disposition antérieure au Ciel des trigrammes chinois.

Toutes ces représentations établissent un lien entre le Centre immobile et la périphérie en plein développement. Elles font de la rouelle un symbole du Monde. Le Centre symbolise le Principe immuable actionnant de l’intérieur toutes les choses extérieures, périphériques ou manifestées. De plus, situé à mi-chemin entre les points opposés du cercle, le Centre influence le monde extérieur de façon équilibrée. Il symbolise le lieu où les antagonismes retrouvent un état unifié après leur retour au Centre. »
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Symbolisme du centre par Pierre-Yves Lenoble.

Le « Centre », notion universelle connue depuis les temps les plus archaïques quoique insuffisamment mise en lumière à notre époque, désigne traditionnellement le lieu, tangible ou symbolique, le plus chargé de Sacré, le point névralgique situé au « milieu de la terre », autour duquel chaque civilisation, chaque “monde” naît, se développe et meurt.

Ainsi, tout lieu saint, qu’il ait la dimension d’un vaste territoire (pensons à la « Terre Sainte » palestinienne, à la Chine dénommée l’ « Empire du Milieu » ou encore à la Suisse appelée par ses habitants « milieu du monde »…), d’une ville (Jérusalem, « Centre du Monde » pour juifs et chrétiens ; La Mecque, centre spirituel de la sphère musulmane ; Rome, centre de l’Empire Romain ; la cité impériale pékinoise, centre de l’ « Empire céleste » chinois), d’un édifice religieux ou d’un monument sacré (le Temple de Salomon, l’Omphalos de Delphes, la Kaaba mecquoise, le Palladium de Troie, les pyramides égyptiennes ou aztèques…), ou la modeste taille d’une simple habitation individuelle ou d’un petit sanctuaire secondaire, était conçu comme une imago mundi et faisait office de centre de gravité d’un espace qualifié à la circonférence bien définie, où les forces chaotiques étaient chassées à l’extérieur de l’enceinte périphérique.

Dans la perspective analogique et concentrique qu’avaient les Anciens, le monde connu (l’écoumène) se trouvait donc au centre de l’univers, la capitale sainte au centre de l’écoumène, le temple au centre de la cité, l’autel où brûle le feu perpétuel au centre du bâtiment sacré… etc.

C’est bien au « Centre » que toutes les directions de l’espace se rejoignent ; c’est donc là que l’ « Axe du Monde » coupe le plan horizontal, permettant aux hommes une communication directe avec les dieux, situés dans les hauteurs éthérées du ciel, mais donnant aussi l’accès au monde souterrain, résidence des morts et du Chaos primordial pré-formel (par exemple, la cité de Jérusalem communique avec le haut et le bas, car elle est caractéristiquement surnommée la « Porte du Ciel » aussi bien que la « Bouche du Tehôm », de même que Babylone était la « Porte des Dieux » comme la « Porte d’Apsû »).


« Enfin et surtout, nous insisterons sur le fait que tout retour au « Centre » équivaut à une quête initiatique individuelle… »


Du reste, il faut bien voir que dans la vision du monde particulière aux civilisations traditionnelles, l’espace habité se devait d’imiter un modèle cosmologique, mythique ou religieux : le plan terrestre, physique, était constitué comme un reflet du plan céleste, métaphysique…

Les centres cérémoniels érigés par les hommes au cours de l’histoire se sont toujours présentés comme des hypostases matérialisées du seul et unique « Centre du Monde », immatériel, siège de la divinité réunissant en elle toutes les antinomies, c’est-à-dire le « moteur immobile » ou l’ « Invariable Milieu », le moyeu de la roue cosmique qui est à l’origine et à la fin de toute manifestation.

À travers les écrits saints, les cosmogonies des peuples primitifs, les récits mythologiques ou les légendes véhiculés par l’imaginaire populaire, le « Centre » par excellence, le séjour des dieux et des immortels, assimilé à la fois à l’ « âge d’or » primordial et au paradis post-mortem, a été revêtu d’une floraison de symboles typiques et immémoriaux (aux significations variées mais toujours complémentaires) qu’il convient de rendre intelligibles, tels que l’ « arbre de vie », la « montagne cosmique », le « nombril du monde », la « porte du ciel », la « voie des dieux », la « caverne aux trésors », le « séjour des bienheureux », l’« île des saints », la « terre pure », la « fontaine d’immortalité », le « pilier universel », le « jardin clos », la « cité céleste », sans oublier les divers royaumes merveilleux et autres palais magiques de nos bons vieux contes de fées.

Par là-même cette étude permettra de constater l’incroyable gouffre qui sépare le “vivre-dans-le-monde” traditionnel, qualifié et centré, du vide existentiel du monde moderne crépusculaire, littéralement “désaxé” et “désorienté”.

Enfin et surtout, nous insisterons sur le fait que tout retour au « Centre » équivaut à une quête initiatique individuelle, à une réintégration ontologique à tout moment opérative, car n’oublions pas que le « Royaume de Dieu » se situe avant tout « en nous-mêmes », « au milieu de nous »…

À lire également sur ce blog : L’Idée du Centre dans les Traditions antiques – René Guénon.

Conseils de lecture :

– La roue, du Centre au cercle : http://users.skynet.be/lotus/roue/roue0-fr.htm

Symbolisme du centre par Pierre-Yves Lenoble : http://www.editionsarche.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=23783805